Être connecté·e en colonie de vacances

Usages du smartphone à l’adolescence


Les colonies de vacances constituent des lieux et des moments d’entre-soi pour les jeunes qui profitent de vacances loin de leur environnement quotidien. Depuis quelques années, l’arrivée massive du numérique au sein des séjours, facilitée par l’équipement des jeunes en téléphone portable, questionne les professionnel·le·s de l’animation. Comment préserver les spécificités de ces séjours de vacances quand les jeunes ont la possibilité de contacter ami·e·s et parents tout au long du séjour ? Comment créer et maintenir un esprit collectif au sein de la colonie de vacances tout en laissant les jeunes utiliser leur smartphone ?

Les professionnel·le·s de l’animation se sont emparé·e·s de ces questions et les enjeux du numériques en colonie de vacances prennent peu à peu une place spécifique au sein des formations au brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA). Dans les faits, les positions adoptées par les équipes d’animation face à des questions désormais presque incontournables ne sont pas uniformes : comment négocier l’encadrement des usages du portable par les jeunes ? Dans quelle mesure l’arrivée du numérique transforme-t-elle les relations entre jeunes et entre jeunes et équipes d’animation ?

Ce rapport d’étude vient éclairer ces questions à partir de deux enquêtes de terrain, l’une au sein de quatre colonies de vacances, l’autre au sein de quatre stages de formation BAFA.

Ses résultats font voir la complémentarité des liens numériques et présentiels pour communiquer entre jeunes, mais aussi entre eux et les équipes d’animation. Ils témoignent aussi de tensions suscitées par la présence du smartphone et l’encadrement de ses usages par les équipes d’animation. La place, réelle et symbolique, des parents au sein de la colo évolue également lorsque les jeunes peuvent les contacter tout au long du séjour, les équipes d’animation devant désormais composer avec cette possibilité.

Car le téléphone portale peut se faire support du pire comme du meilleur : les situations de harcèlement et autres types de violence sur les réseaux sociaux sont, par exemple, rendus plus difficilement détectables par les équipes d’animation. Néanmoins les liens créés sur les réseaux sociaux permettent aux jeunes d’univers sociaux différents un élargissement de leur monde en rendant visibles d’autres pratiques, culturelles et de loisirs, et d’autres centres d’intérêt que les leurs. Pensé souvent à tort comme facteur d’isolement, l’usage du téléphone portable par les jeunes peut ainsi au contraire favoriser les pratiques collectives et consolider le groupe.