Expériences de mécénat de compétences en association : une forme particulière d’engagement ?


Le bénévolat d’entreprise ou mécénat de compétences, s’est fortement développé en France depuis les années 1990. Plus particulièrement répandu dans les grandes entreprises françaises, il permet à ces dernières de proposer aux associations des « compétences » par la mise à disposition de salariés, qui, sur leur temps de travail, réalisent des missions d’intérêt général. La plupart des enquêtes qui s’attellent à la question interrogent largement les avantages de ce dispositif pour les entreprises notamment du point de vue de leur communication et de leur valorisation ou encore des atouts dans la professionnalisation des organisations du secteur social non lucratif. Le mécénat de compétences est par ailleurs bien souvent présenté de manière positive : aux associations il permettrait la professionnalisation et le développement des ressources humaines, aux salariés eux-mêmes il permettrait de cumuler sens et carrière professionnelle et, enfin, aux entreprises il offrirait la possibilité d’améliorer image et efficacité du management RH ainsi que d’asseoir leur légitimité dans la contribution à l’intérêt général via la responsabilité sociale des entreprises (RSE).

Explorant un axe différent, l’étude sur l’engagement en mécénat de compétences présentée ici et menée par l’INJEP et le Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE-CNRS) a cherché à comprendre la place que ces expériences de mécénat occupent dans les trajectoires d’engagement des collaborateurs impliqués en mécénat de compétences : comment en vient-on finalement au cours d’une carrière professionnelle à s’inscrire dans pareil dispositif ? Quelles sont les trajectoires d’engagement qui y conduisent ? Quelles motivations sous-tendent ce choix ? Quels sont ces effets en termes de carrière militante, de socialisation politique et démocratique ? Y a-t-il des incidences sur la carrière professionnelle ? De nature qualitative, l’étude a privilégié une approche microsociologique du mécénat, en s’appuyant notamment sur 52 entretiens semi-directifs auprès de professionnels engagés dans des associations en mission de mécénat de compétences.

Si les résultats de la recherche laissent entrevoir de nombreux points communs avec la participation associative bénévole, la prégnance du rapport au travail et, parfois, de la souffrance qui s’y rattache, dans les motivations comme dans les effets socialisateurs, en révèle la spécificité.