L’homosexualité à l’épreuve de la mobilité internationale

Une enquête exploratoire sur les jeunes gays et lesbiennes chinois·es qui vivent en France


Les recherches en sciences sociales sur les minorités sexuelles ont de longue date souligné l’importance des mobilités géographiques dans leurs parcours de vie, en particulier au profit d’espaces urbains. La plupart des travaux francophones ont toutefois porté sur les mobilités nationales ou régionales et peu se sont intéressés aux mobilités internationales. Ce rapport aborde cette thématique à partir d’une enquête exploratoire réalisée auprès de jeunes gays et lesbiennes chinois·es qui résident en France. Il montre que l’expérience de la mobilité internationale n’est nullement assimilable à un passage d’un contexte hostile vers une société tolérante pour les jeunes LGB chinois·es. Si elle permet à la plupart des jeunes enquêté·es de mettre à distance la norme matrimoniale (hétérosexuelle) chinoise, l’expérience de la mobilité est très différente selon les conditions matérielles des individus. Pour les plus aisé·es, une frange privilégiée d’étudiant·es, elle représente une occasion de se familiariser avec un contexte inédit, des codes de l’homosexualité quelque peu différents et de développer des identités et des expériences nouvelles. Les personnes dont la migration est caractérisée par des formes de précarité sont exposées à des dépendances et à des vulnérabilités qui complexifient lourdement la mobilité, y compris dans sa dimension sexuelle. Pour toutes et tous, le développement de sociabilités LGBT se heurte à de nombreux obstacles.

Pour plusieurs jeunes de l’enquête, la mobilité internationale est aussi marquée par des expériences de racisme et de hiérarchies ethnoraciales. Des tensions administratives liées au renouvellement du droit de séjour ponctuent souvent les trajectoires individuelles. Enfin, bien que mises à distance, les attentes sociales et familiales liées à une norme matrimoniale stricte demeurent pour beaucoup d’enquêté·es.