Jeunes, « riches » et « pauvres » Processus de socialisation


Un dossier coordonné par Francis Lebon et Chantal de Linares

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Sommaire

          La première contraception, au-delà de la question de la fécondité. Trois temps pour entreprendre sa biographie contraceptive.

           Yaëlle Amsellem-Mainguy

La sexualité ne s’inscrit plus uniquement dans une dimension conjugale et n’implique pas forcément la reproduction. Il s’agit de saisir pour les jeunes femmes ce qui se joue dans les premiers temps de la biographie contraceptive, au-delà de la gestion de la fécondité. Le lien entre le recours à une contraception (avant, pendant ou après le rapport) et la médiatisation de celle-ci permet de souligner combien la revendication d’une contraception va de pair avec la quête de reconnaissance d’une vie sexuelle active et la valorisation d’un monde à soi dont seules les jeunes femmes sont responsables.

            Les vertus libératrices de la fête. Violences ritualisées et compétitions masculines

              Éric Marlière

La violence fait partie intégrante de la fête notamment dans sa dimension libératrice des normes de la société dominante. Le phénomène de violence dans les espaces de fête urbains fréquentés par les jeunes tend à disparaître et lorsqu’il se produit, il ne constitue plus un rituel d’inversion des codes sociaux. La fête fait partie intégrante des valeurs de la société de consommation et du marché du travail avec des logiques de concurrence et de compétition, à travers les pratiques de discrimination, de ségrégation et d’exclusion des établissements festifs.

Dossier

            Jeunes, « riches » et « pauvres ». Processus de socialisation

              Un dossier coordonné par Francis Lebon et Chantal de Linares

Introduction

             Francis Lebon et Chantal de Linares

           Les jeunes favorisés » et les autres

             Entretien avec Monique de Saint Martin réalisé par Francis Lebon et Chantal de Linares

Les jeunes « favorisés » ont, malgré l’hétérogénéité de ce groupe social, en commun le fait qu’ils cumulent des ressources culturelles, scolaires, économiques et sociales. La socialisation de ces jeunes est largement assurée au sein du milieu familial qui cherche des relais dans des institutions éducatives d’élite y compris à l’international. Celles-ci apportent, outre un excellent niveau scolaire, des expériences éducatives qui prennent appui sur l’extra-scolaire pour favoriser la transmission de valeurs, de comportements, de modes de reconnaissance spécifiques.

            Voyages et jeunesse « favorisée ». Usages éducatifs de la mobilité

              Bertrand Réau

Les voyages de jeunes issus de milieux favorisés s’inscrivent dans une longue tradition élitiste de formation. Si leurs parents ne disposent pas des mêmes moyens que les élites cosmopolites, ils tentent de reproduire les modalités de transmission de dispositions socialement discriminantes (propension à la mobilité, langues, ouverture sociale et culturelle, etc.). On peut s’en faire une idée à travers leurs usages du programme d’échange ERASMUS et l’exemple de quelques trajectoires de vacances. Dans les deux cas, il s’y transmet tout autant des connaissances que l’apprentissage de savoir-être.

             Jeunes des pavillons Entre-soi dans les lotissements et avenir social incertain

               Marie Cartier, IsabelleCoutant, OlivierMasclet, Yasmine Siblot

Si de nombreux travaux analysent la sociabilité, les trajectoires de « jeunes des cités » ou les pratiques éducatives de leurs familles, peu se sont intéressés aux « jeunes des pavillons ». Basé sur une enquête de type ethnographique dans un quartier de banlieue parisienne, ce texte explore les formes de la socialisation juvénile de « jeunes des pavillons » et leurs relations ambivalentes avec ceux « des cités ». Il analyse ensuite l’incertitude de leur devenir professionnel et l’importance de leur ancrage social dans le quartier.

             La jeunesse populaire à l’épreuve du classement scolaire

               Stéphane Beaud

Après avoir rappelé que le niveau de diplôme obtenu détermine plus que jamais l’intégration sociale et professionnelle des jeunes, l’auteur montre comment les classements scolaires opérés très précocément par l’école, la norme récente des études longues, la dévalorisation des études professionnelles pèsent sur les trajectoires scolaires et pénalisent fortement les jeunes majoritairement d’origine populaire. Ceux d’entre eux qui s’engagent dans des études supérieures vivent leur statut d’étudiant comme ambivalent. Cet article souligne fortement les divisions entre jeunesse populaire et jeunesse bourgeoise ainsi que les défaillances des politiques publiques.

              Les enfants de l’« ouverture sociale ». Reçus et collés aux concours des grandes écoles

                Paul Pasquali

Cet article s’intéresse au devenir d’élèves scolarisés dans une « prépa » expérimentale pour bacheliers ZEP. Admis dans un lycée prestigieux, puis, pour certains, dans une grande école, ces jeunes font l’expérience d’un déplacement social qui ouvre leur horizon des possibles et les place dans un porte-à-faux plus ou moins durable. Après les concours, les collés sont contraints de reformuler leurs aspirations et de s’adapter à la « fac ». Les reçus aux grandes écoles, eux, voient leur « élection » confirmée et tentent de « faire avec » les tensions induites par leur déplacement.

              « Les problèmes, ils restent pas où ils sont, ils viennent avec toi ». Appartenance ouvrière et migration de précarité

                Nicolas Renahy

« Jeunesse » et « mobilité » constituent deux catégories souvent associées, qu’il s’agit l’une comme l’autre de déconstruire. Si l’accroissement des mobilités résidentielles en début de vie active a donné lieu à de nombreuses analyses, le sens qu’elles prennent pour les jeunes de milieux populaires est rarement exploré pour lui-même. En retraçant la trajectoire d’un Portugais, fils d’ouvrier d’usine ayant longtemps navigué entre emplois de manœuvre dans le bâtiment, chômage, activités illégales et petite indépendance, nous proposons une analyse exploratoire de la manière dont la précarité peut se manifester dans l’instabilité géographique.